
Berlin, territoire fondateur
Berlin, territoire fondateur
Arrivée à Berlin en 1986, dans une ville encore divisée, puis installée à Prenzlauer Berg après la chute du Mur, je découvre un paysage urbain traversé de ruptures et de tensions.
Entre 1989 et 1990, je participe au relevé architectural de la Hamburger Bahnhof, réalisé pour le bureau Kampmann & Weström à la demande des Monuments historiques.
Tracer fissures, couches de crépi et altérations m’apprend à observer les surfaces avec précision.
Cette expérience constitue une première école du regard : comprendre avant d’intervenir, lire les traces, déchiffrer les superpositions. (Je développe plus loin cette dimension dans la section consacrée au geste documentaire.)
Ce travail modifie durablement ma manière de voir.
À Prenzlauer Berg, où j’habitais après la chute du Mur, un quartier encore marqué par la guerre et peu rénové rendait les ensembles délabrés difficiles à soutenir dans leur totalité.Pour rester dans ce lieu, j’ai déplacé mon regard.
Je me suis mise à observer les détails : fragments de façade, zones repeintes, gestes discrets d’appropriation.
En observant les balcons repeints, les objets accrochés aux façades et les interventions modestes des habitants, je comprends que l’usure n’est pas seulement dégradation : elle est vitalité.
Je cadrais mentalement ces portions comme des photographies.
Les ensembles disparaissaient au profit de fragments.
La surface devenait un champ d’attention.
Au début des années 2000, je découvre également les mines de charbon à ciel ouvert en Lusace, dans la région berlinoise.
Ces paysages bouleversés, entaillés par l’extraction, laissent apparaître les couches du sol à nu.
J’y photographie longuement des détails : strates, effritements, lignes de coupe, matières mises à vif.
Après les façades urbaines, cette confrontation à l’usure d’un territoire à grande échelle élargit encore ma perception de la surface comme stratification visible.
Une grande partie des images qui nourrissent aujourd’hui mon travail ont été réalisées là-bas.
Berlin n’est pas seulement un lieu de vie.
Elle devient un territoire d’apprentissage — urbain, industriel et architectural — et le socle de ma peinture.