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Berlin, territoire fondateur
Berlin, territoire fondateur

Arrivée à Berlin en 1986, dans une ville encore divisée, je découvre un paysage urbain traversé de ruptures et de tensions.


À Prenzlauer Berg, où je vivais après la chute du Mur, le quartier portait encore les traces de la guerre et de longues années sans rénovation.
Face à ces immeubles délabrés, la vision d’ensemble devenait difficile à soutenir au quotidien. Mon regard a alors commencé à se déplacer.


Il s’est arrêté sur les façades : couches de peinture superposées, enduits effrités, gestes discrets d’appropriation.


Je cadrais mentalement ces portions comme des photographies.
Les ensembles disparaissaient au profit de fragments.
La surface devenait un champ d’attention.


Peu à peu, ce regard s’est transformé en un jeu sans fin. À vélo ou en marchant dans la ville, je m’amusais à découvrir ou à construire des images abstraites dans les surfaces du quotidien.
Je ne subissais plus mon environnement : je l’interprétais constamment.


Ce regard porté sur les fragments se prolonge dans la matière. Après la chute du Mur, de nombreux meubles sont mis au rebut, comme pour effacer des pans de mémoire. Placages soulevés et surfaces rouillées portent les stigmates de l’histoire, témoins intimes d’une rupture des biographies individuelles.
Je collecte bois et métal, les assemble, les altère légèrement — comme pour tenter de donner une représentation picturale à ce processus.


Au début des années 2000, je découvre les mines de charbon à ciel ouvert en Lusace (Lausitz), à l’est de Berlin.


Après les façades urbaines, cette confrontation à l’usure d’un territoire à grande échelle élargit encore ma perception de la surface comme superposition visible. J’y photographie longuement des détails de machines et de lignes de coupe.


Une grande partie des images qui nourrissent aujourd’hui mon travail ont été réalisées là-bas.


Berlin n’a pas été seulement un lieu de vie : elle a profondément transformé mon apprentissage visuel.

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