
Le geste et la matière
Le geste et la matière
Le travail en atelier prolonge l’attention portée aux surfaces observées dans les lieux.
Au centre, une grande table.
Autour, les outils : brosses, racloirs, spatules, ciseaux à bois.
Chacun engage un rapport différent à la matière.
Le racloir creuse des éclats de lumière dans la peinture encore humide.
La brosse structure la surface.
La spatule étire, déplace, découvre des couches sous-jacentes.
Je travaille vite.
Cette rapidité n’est ni improvisation ni précipitation, mais une manière de maintenir la tension.
Formée à l’architecture, je connais le temps long du projet, l’élaboration progressive, les ajustements successifs.
En peinture, je cherche un rapport direct à la matière, sans médiation excessive.
Aller vite impose une décision immédiate : poursuivre ou arrêter.
Si le rythme se rompt, la surface se fige et devient façade.
Il s’agit de sentir le moment où les tensions s’équilibrent, où la surface tient.
À proximité, des photographies réalisées au fil des années accompagnent le travail : fragments de murs, traces d’usure, superpositions de matières.
Elles ne sont pas copiées.
Elles orientent le travail.
La peinture se construit dans ce dialogue entre mémoire visuelle et engagement physique dans la matière.
La vitesse empêche l’illustration.
Elle ouvre un espace où la surface peut se transformer.