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PLACE DE RENNES MÉTROPOLE

En 2018, je rentre d'un séjour à Alger où les façades portent l'épaisseur des usages — linges étendus aux balcons, paraboles superposées, peintures écaillées, traces accumulées des gestes ordinaires. J'y ai passé trois jours à photographier le marché de la Lyre, tant la matière y était dense. 


À Rennes, à deux pas de mon bureau, je tombe sur la scène inverse : une autolaveuse consommant eau et essence frotte méticuleusement, pendant des semaines, le dallage en granite de la place de l'Hôtel de Rennes Métropole — la pierre poreuse prend l'humidité, se verdit, et il faut la rendre nette.


J'ai filmé l'engin, une autolaveuse, à plusieurs reprises, à différents moments du jour, comme on observe un rite. La caméra adopte le rythme de la machine — sa minutie, sa répétition. Filmer devient un geste miroir : ce qui efface se laisse, à son tour, fixer dans une trace.


L'usure n'est pas une saleté à effacer, mais un langage. Ce que la machine traque — la verdure, le dépôt, l'humidité — est précisément ce qui rend une surface vivante

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